Luc nous présente la notion de Mal telle qu’envisagée par le Tao Spirituel, plus particulièrement le caractère irréductible du mal. Cet exposé est suivi d’un débat.
Quelques liens :
- Emission précédente de présentation du Tao Spirituel
- Le livret manifeste du Tao Spirituel.
- Le groupe Facebook du Tao Spirituel.
- Lapins en Australie : https://fr.wikipedia.org/wiki/Lapins_en_Australie
- Les bons côtés du Malheur et les mauvais côtés du Bonheur [maitre Tchouang] : https://www.cmfo.fr/plus-dinfos/actualites/les-bons-cotes-du-malheur-et-les-mauvais-cotes-du-bonheur.html
- Mercredis de l’Espoir du 19 octobre 2022 : Le Mal existe !
Citations de Simone Weil :
- Le mal a deux formes, le péché et le malheur.
- Ce que le mal viole, ce n’est pas le bien, car le bien est inviolable ; on ne viole qu’un bien dégradé.
- C’est à cause de cette monotonie [du mal] que la quantité joue un si grand rôle. Beaucoup de pouvoir, beaucoup de royaumes, beaucoup d’argent, beaucoup de femmes (Don Juan) ou d’hommes (Célimène).
- [Le mal] c’est une mauvaise tentative d’imiter Dieu.
- Le mal est une condition de la décréation.
- Sans le mal, on ne renoncerait jamais à ce monde.
- Si l’homme ne pouvait subir du mal de la part de la nature et surtout de la part des hommes, la partie humaine de l’âme ne serait pas soumise à la nécessité. L’homme qui n’est pas enraciné en Dieu par l’amour surnaturel est entièrement livré au hasard.
- Le mal dans l’univers est analogue à la souffrance, non au péché. Le péché a rapport à l’individu.
- On a l’expérience du mal qu’en s’interdisant de l’accomplir, ou, si on l’a accompli, en s’en repentant.
- Accomplir le mal dont on porte en soi la possibilité, c’est se priver de le connaître.
- Il ne faut jamais chercher à du mal une compensation extérieure dans du bien, lié ou non à ce mal par une nécessité qui le balance. Car on se prive de l’usage le plus précieux du mal, qui est d’aimer Dieu à travers le mal comme tel.
- Le mal est la distance entre la créature et Dieu. Supprimer le mal, c’est dé-créer ; mais cela Dieu ne peut le faire qu’avec notre coopération.
- Même accompli, le mal garde ce caractère d’irréalité ; de la peut-être vient la simplicité des criminels ; tout est simple dans le rêve. (Simplicité qui fait pendant à la suprême vertu.)
- Le mal est infini au sens de l’indéterminé, matière, espace, temps. Sur ce genre d’infini, seul le véritable infini l’emporte. C’est pourquoi la Croix est une balance où un corps frêle et léger, mais qui était Dieu, a soulevé le poids du monde entier.
- Le mal semble être sans limite. Mais il y a une limite, de sorte que celui qui est courageux et patient… est sauvé à la toute dernière minute, quand il voit sa perte déjà accomplie.
Mais ce n’est pas la vraie raison. Le bien est essentiellement autre que le mal. Le mal est multiple et fragmentaire, le bien est un ; le mal est apparent, le bien est mystérieux ; le mal consiste en actions, le bien en non-action ou en action non agissante, etc. - Que le mal lui-même soit pur. Il ne peut être que sous la forme de souffrance d’un innocent. Un innocent qui souffre répand sur le mal la lumière du salut… C’est pourquoi un Dieu qui aime l’homme, un homme qui aime Dieu doivent souffrir.
- Le mal étant la racine du mystère, la douleur est la racine de la connaissance.
- Le mal subi, spirituellement, obscurcit les ténèbres. Et il détermine une disposition vers une rupture d’équilibre en sens inverse (vengeance).
- Il faudrait mettre son mal sur quelque chose qui disparaisse. C’est l’idée du bouc émissaire. Mais c’est un rêve tout à fait vain. Seul ce qui est absolument pur peut recevoir notre mal sans être souillé, et par suite sans jamais nous le renvoyer.


Merci de ces citations. Je me retrouve dans beaucoup d’entre elles. Simone Weil apparaissant également accueillir le mal et non le mettre à l’écart, le nier ; sinon c’est se condamner au nihilisme. Au fond, tout cela est beau ! (à part la fin sur le culte de la souffrance, très christique et bien peu néguentropique).
Simone Weil, après avoir approfondi les enseignements grec, chrétien et hindou, s’est penchée sur la condition éthique de cet animal que l’on nomme Homme. Pourquoi la souffrance a-t’elle une implication sur le mal subi ou provoqué ? Simone a bien vu également l’emprise du règne de la Quantité et de la Multiplicité sur le mal, alors que le Bien est Un. Faut-il encore savoir différencier les différents niveaux de bien, terrestre ou divin. Quand on connaît la vie d’ascèse de Simone, on pourrait l’interpréter comme empreinte d’auto-mutilation ; mais on pourrait aussi comprendre qu’il lui fallut passer par la négation de soi, afin de nous mener vers la compréhension si précise de chacun des éléments de la vie des hommes en société. En suivant de près son parcours, on voit un parallèle criant avec celui du Christ. J’en viens même à la conclusion que l’apparition de tels Êtres sont NÉCESSAIRES aux hommes perdus dans les méandres de notre modernité. Enfin, elle comme Lui, passent de la souffrance à la plénitude de la Vérité. En suivant et amplifiant l’argumentation de René Girard, cet enseignement anthropologique vient directement de Dieu et débouche sur une joie incomparablement belle.
La “négation de soi” n’est pas humaine, n’est pas conforme à notre destinée dans cet univers. C’est une forme de nihilisme, voire de gloriole, pourtant dénoncée par Simone Weil.
L’abnégation c’est autre chose. C’est l’acceptation du sacrifice, mais sans recherche de la gloire, en faisant juste son travail, son devoir, sans chercher l’exposition à la lumière. C’est celle du soldat qui accepte son sort tant dans le sacrifice que dans l’exécution de barbaries.
Quand je dis “négation de soi”, c’est un raccourci pour dire qu’il faut réduire à néant ses propres désirs – seul le désir de Dieu est valable (SW) – pour réaliser ce que tu décris ci-dessus, c’est-à-dire accomplir ses obligations. Je m’oppose à ce que tu insinues sur la “gloriole” ou le “nihilisme” que tu imputes à Simone. Car dans son acception le désir de gloire est également à proscrire ; elle l’a d’ailleurs bien spécifié dans “L’Enracinement”. En outre, elle a préférer retrouver Dieu en 1943 sans en faire un pataquès.